Comment j’ai dompté le mont Ventoux

Lorsque vous traversez le village de Bédoin dans le Vaucluse, à quelques kilomètres de Carpentras, dès l’arrivée des beaux jours vous êtes immédiatement frappés par le nombre de cyclistes que vous croisez, aux terrasses des cafés en train de siroter une bière, assis sur un muret pour se sustenter d’un sandwich ou même tout simplement en action sur leur machine. Si vous savez que Bédoin est le point de départ d’une ascension mythique de 1600 mètres de dénivelé alors vous n’êtes pas surpris mais toujours un peu étonnés d’une telle affluence.

En revanche, il peut paraitre un peu moins anodin d’apercevoir un peloton de 300 coureurs (à pied) massés sous une arche de départ et prêts à en découdre avec le mont chauve à la seule force des cuisses et des mollets. Ce dimanche matin, à 8h30, j’étais particulièrement excité d’en faire partie, les yeux rivés sur la ligne d’arrivée presque visible puisque matérialisée par l’observatoire qui surplombe fièrement le sommet du mont Ventoux. Un vrai baptême du feu de course de montagne, près de 18 kilomètres et un peu plus de 1600 mètres de dénivelé positif très intimidants. La veille en étudiant le profil du parcours, je me demande encore à quel moment de la course il va être possible de récupérer un peu et comment il sera possible de s’alimenter efficacement. Autant d’interrogations auxquelles j’allais devoir trouver des réponses dans l’improvisation totale.

Au milieu de tous ces coureurs dont on peut dénombrer sur les doigts de la main ceux qui viennent du nord de la Loire, je me demande à quelle sauce je vais être dévoré, moi dont la seule vraie expérience de dénivelé en course s’appelle « éco-trail de Paris » (j’en vois déjà qui rigolent) Le speaker annonce que cette troisième édition de la montée du Ventoux constitue la 5ème étape de la coupe de France de course en montagne et je comprends instantanément la présence de ces coureurs hyper affûtés. Je me situe environ en milieu de peloton lorsque le départ est donné.

Même dans cette position je trouve que pour ce type d’épreuve ça part relativement vite. Les deux premiers kilomètres, les plus plats, les seuls totalement asphaltés, sont courus à 12km/h avant que le premier sentier n’intervienne suite à un virage serré à gauche. La pente s’élève considérablement, le peloton s’étire, la vitesse tombe, les souffles se raccourcissent, les choses sérieuses débutent. J’ai déjà remonté quelques dizaines de places avant d’entamer les sentiers forestiers et je continue ma progression en dépassant plusieurs concurrents. Je suis à la recherche du rythme parfait, ni trop rapide, ni trop lent, celui qui me conduira au sommet dans de bonnes conditions. Je sais que deux bonnes heures d’effort m’attendent. Un départ trop rapide se traduirait immédiatement par une asphyxie avant même d’arriver sur le pierrier lunaire du mont Ventoux. Un premier point d’eau intervient au quatrième kilomètre, en bas d’un légère descente qui m’a permis de reprendre mon souffle. J’en profite donc pour saisir un gobelet au vol et réhydrater mon gosier déjà un peu sec.

Les prévisions météorologiques de la veille se vérifient sur le terrain. Les conditions sont optimales. La température agréable à Bédoin, baisse progressivement au fur et  à mesure que l’altitude augmente et que les organismes s’échauffent. Le ciel totalement dégagé promet un spectacle extraordinaire lorsque nous nous rapprocherons du sommet. Dans ce contexte de sol sec, souvent très rocailleux et avec un profil de montée quasi permanente, je n’ai pas hésité longtemps à partir chaussé de mes Brooks Green Silence flambant neuves que j’étrennais pour l’occasion. Un modèle léger qui m’a donné pleine satisfaction sur cette course et sur lequel je reviendrai prochainement. Côté ravitaillement je suis parti équipé de ma ceinture RaidLight avec ses deux petites flasques. J’ai embarqué un gel Isostar.

Une fois passé ce premier point d’eau s’ensuit une succession de single tracks à la pente très exigeante où les coureurs évoluent en fil indienne, les yeux rivés sur les mollets du concurrent qui les précède. La majorité d’entre eux continue de courir malgré les pierres et la déclivité. Je suis surpris mais je m’adapte sans trop de mal. Je reste plusieurs hectomètres dans le sillon d’une féminine qui finira par s’échapper devant. Les kilomètres défilent lentement mais sûrement. L’effort est violent mais j’arrive à savourer l’environnement exceptionnel et assez inhabituel dans lequel j’évolue. La combinaison de ces deux éléments arrive même à me procurer quelques frissons de plaisir.

Je sais qu’un point de ravitaillement est placé peu avant le 13ème kilomètre. Je décide de sortir mon gel Isostar au 11ème pour avoir le temps de l’absorber tranquillement. Je découvre sa texture assez liquide et son goût cola. En arrivant au ravitaillement je le fais passer avec un gobelet d’eau. J’avale rapidement un abricot sec accompagné d’un peu de coca-cola. Un cocktail détonnant qui me rebooste pour les cinq derniers kilomètres qui sont loin d’être les plus faciles. Les encouragements aux accents du sud des bénévoles font chaud au cœur à cet instant de la course. A la sortie de la zone de ravitaillement nous traversons la route et entamons la remontée d’une piste de ski, droit dans la pente, sur plus d’un kilomètre. La marche est de rigueur pour tout le monde. C’en est fini avec la forêt, nous évoluons désormais sur un champ de pierres où il convient d’être vigilant à chaque appui. L’observatoire est désormais en point de mire, si près et pourtant si loin. Le vent porte jusqu’à nous le son du speaker. Son discours n’est pas audible mais je comprends qu’il commente déjà l’arrivée des premiers !

Il reste moins de quatre kilomètres à parcourir et le tracé de la course surplombe la route empruntée par les voitures et les vélos. Mon souffle déjà coupé par l’effort l’est également par le spectacle fabuleux offert par la nature. Nous avançons sur une sorte de crête de pierre avec de chaque côté un panorama exceptionnel. J’arrive prudemment à en profiter tout en contrôlant ma foulée sur ces énormes cailloux. La ligne d’arrivée se profile désormais très concrètement et j’en suis presque à le regretter. Un dernier mur se dresse devant nous, je reviens rapidement sur un concurrent à la peine que je laisse terminer devant moi sur les cents derniers mètres plats et bitumés sans emballer le sprint. Je franchis la ligne en 2h12’ à la 76ème place sur les 310 arrivants recensés.

Je monte les marches qui me séparent encore de l’observatoire pour immortaliser l’instant auprès de la fameuse borne placée au sommet du mont Ventoux. Je connais déjà bien l’endroit mais je profite une nouvelle fois très volontiers du panorama inouï, surtout par cette météo idéale. En regardant 1600 mètres plus bas, j’ai du mal à réaliser le chemin qu’il a fallu parcourir pour rejoindre le sommet.

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26 réflexions sur “Comment j’ai dompté le mont Ventoux

    • Thanks. Et je suis sûr qu’avec un travail spécifique et une connaissance du terrain moins approximative je mettais 4 à 5 minutes de moins et intégrais le top 50. Mais c’était pas le but principal.

  1. Féloches pour l’ascension et la moustaches ;-)
    Tu es descendu exprès pour la course? chapeau!
    Et oui, les greensilence sont géniales, j’en suis à ma 3e paire!

  2. je me rends tu as couru en green silence alors que je pensais qu’il s’agissait dun "trail"
    Mais c’est vrai que sir le terrain est dur et sec (et la fin goudronnée) pas besoin de crampons et autres renforts.

    • J’ai hésité un peu mais pas très longtemps. Et puis sur les grosses pierres si tu te tords la cheville, green silence ou single track je suis pas sûr que ça change grand chose. le plus gros risque était que je les mettais au pied pour la première fois :)

    • hmmm mouais bon je comprends pas (encore) tout ce que tu me racontes mais dimanche dernier j’ai pensé à toi pendant que je grimpais à la montagne ;)

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